Régression
spatiale pour l'héritage hindou
Par le
général
Vinod Saighal
(ancien attaché
militaire de l'Inde en France)
La
plus grande part des violences qu’on a pu
observer ces dernières années sur plusieurs
continents se réclamaient principalement de
motifs religieux. Là où elle n’a pas explosé
à grande échelle, elle couve sous des
tensions identitaires permanentes : entre
musulmans et chrétiens, musulmans et
hindous, en fait entre musulmans et
non-musulmans partout où l’Islam est
majoritaire. On attribue souvent ces
tensions à des éléments marginaux plutôt
qu’à l’action planifiée et solidement
financée d’une volonté d’expansion
panislamique, et l’on se réfère, pour
l’expliquer, à un « choc des
civilisations ». Mais ce concept de permet
pas de rendre compte d’un phénomène bien
plus précis ni de la régularité avec
laquelle il se produit en différents points
du globe. En ce qui concerne le
sous-continent indien, nous assistons à une
régression de l’espace même où l’héritage
védique (des védas, les plus anciens textes
sacrés hindous) s’était développé et avait
su résister durant des millénaires à la
domination étrangère, avant que l’Inde
n’accède à l’indépendance. Il est effrayant
de voir à quel point, au cours des dernières
décennies, la culture hindoue a été
progressivement exclue de larges zones du
sous-continent qui l’a vu naître et ce,
principalement dans le Nord, l’Ouest, l’Est
ainsi qu’au Bengladesh. Si ce phénomène
n’était pas arrêté, on assisterait à un
rétrécissement continu de l’espace où
l’héritage védique s’était d’abord épanoui,
enrichissant les racines spirituelles et
philosophiques de la culture mondiale. Même
dans l’espace – en cours d’érosion constante
– de cette Inde tronquée qui lui reste
accessible, la culture hindoue ne peut
s’exprimer ouvertement sans avoir
constamment à s’excuser d’exister. Le danger
qui la menace ne concerne pas seulement
l’hindouisme en tant que culture séparée,
mais l’héritage spirituel qu’il représente
pour toute l’humanité.
À une époque où
la religion est de plus en plus asservie à
la poursuite de buts politiques,
l’instabilité de l’Inde et du monde
exigerait une reformulation du sens même de
l’attitude religieuse et la réaffirmation de
son contenu spirituel. Mais durant les
décennies qui ont suivi l’indépendance du
sous-continent, c’est comme instrument du
politique que le facteur religieux a joué un
rôle déterminant : l’Inde a été divisée
selon des lignes d’identités religieuses
dont le militantisme a été savamment utilisé
par des calculs géostratégiques extérieurs,
pour aboutir à l’installation de bases
militaires étrangères sur le sous-continent,
notamment au Pakistan. De ce fait, les
menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’Inde se
sont cristallisées autour de son caractère
hindou, et c’est son héritage védique qui
s’est trouvé menacé, sur cette terre qui,
tant qu’elle a été hindoue, a ignoré pendant
des millénaires tout exclusivisme et tout
intolérance religieuse qui n’ont jamais fait
partie de sa conception d’une vaste liberté
spirituelle qui autorise tous les chemins.
Ces phénomènes ne l’atteignirent qu’après
l’expansion des religions plus récentes,
dont la dernière finit par l’asservir durant
près d’un millénaire. Aujourd’hui encore,
les capacités de nuisance du Pakistan et du
Bengladesh se concentrent exclusivement sur
son caractère hindou et sont suffisamment
précises pour justifier l’analyse d’une
menace dirigée non sur l’Inde en tant que
pays mais en tant que culture dépositaire
d’un héritage propre. Cette menace est
d’autant plus dangereuse qu’elle est
ignorée, aussi n’est-il pas inutile
d’analyser la situation inextricable qui
s’est développée sur le front Ouest avec le
Pakistan. En effet, du fait de la
sensibilité de sa large communauté musulmane
aux questions religieuses, la politique de
l’Inde a presque invariablement été
réactive. Même les gains de sa victoire
indiscutable contre le Pakistan, lors de la
libération du Bengladesh en 1971, ont été
vite dissipés, au point que l’hindouisme se
trouve aujourd’hui au bord de l’extinction
dans ces deux pays. Indépendamment du déclin
récent du Pakistan sur la scène
internationale, il est indéniable que ce
pays a réussi à atteindre les objectifs
suivants :
-
Contrecarrer les efforts
de l’Inde visant à obtenir un siège
permanent au Conseil de Sécurité de
l’ONU. (Notons que cette position du
Pakistan et du Bengladesh n’a été
reprise par aucun autre pays musulman).
-
Garder la question du
Cachemire ouverte dans les forums
mondiaux. Là aussi, la base des
revendications constamment rappelées est
la religion.
-
De concert avec la Chine,
limiter l’accès de l’Inde à l’Asie
centrale, par la répression ou
l’élimination systématiques des cultures
indigènes, dans un arc qui va
d’Afghanistan au Tibet, en passant par
le Jammu, le Cachemire et au-delà
-
Réduire le colosse indien
à l’état de géant quémandeur, en
l’obligeant à plaider sa cause devant la
communauté internationale pour le sauver
du terrorisme transfrontalier en
provenance du Pakistan. Notons que ce
terrorisme a manifestement une dimension
religieuse qui vise non seulement
l’acquisition de territoires mais
l’éviction d’hindous hors de zones à
prédominance musulmane.
-
Mettre l’Inde sur la
défensive sur plusieurs fronts.
-
Obliger l’Inde à
d’énormes dépenses pour contrer la
menace de conflits de basse intensité
générés par le Pakistan sur une base
religieuse, ou financés par lui.
-
Créer des tensions sur
les frontières indo-népalaise et
indo-bangladeshie.
-
De concert avec l’Arabie
Saoudite, contribuer à l’énorme
prolifération de madrassas
(écoles coraniques), en Inde et dans le
sous-continent, notamment au Bengladesh
et dans la zone frontalière
Indo-népalaise.
-
Soutenir des groupes
militants dans le Nord-est en dépit de
l’écrasante défaite militaire de 1971.
-
Multiplier les cellules
de jihadis en de nombreux points
de l’Inde et du sous-continent.
-
Mettre en circulation de
grandes quantités de fausse monnaie dans
le pays.
-
De concert avec ses
sympathisants au Bengladesh, pousser les
hindous à l’exode dans les deux pays.
-
Installer des éléments
hostiles en résidence permanente en
Inde, en vue d’activités anti-indiennes
à venir, ayant pour cible tout ce qui
est hindou.
-
Prendre une place
dominante dans la pègre de Mumbai
(Bombay) et d’autres villes de la côte
Ouest à travers ses représentants basés
à Mumbai.
-
Infiltrer l’industrie de
cinéma de Mumbai.
-
Favoriser la mise en
place d’axes politico-criminels dans la
plupart des États régionaux de l’Ouest,
notamment au Maharastra et au Gujarat.
-
Entretenir l’action
militante au Jammu et Cachemire.
-
Effectuer d’innombrables
actes de subversion, de sabotage et de
terrorisme.
-
Subvertir la psyche
islamique et mettre en place des
mouvements panislamiques à tonalité
anti-hindous et anti-Inde.
Quand on regarde
objectivement l’énumération ci-dessus, les
implications qui en découlent devraient nous
faire réfléchir. Il est inconcevable qu’un
pays de la taille de l’Inde, qui dispose de
ressources bien supérieures à celles de son
adversaire, le Pakistan, ait laissé cet état
de choses se développer au fil du temps,
a fortiori après avoir remporté quatre
guerres contre lui. Si l’Inde avait essuyé
un échec dans l’un quelconque de ces
conflits, les conséquences pour les hindous
auraient été si sinistres qu’il vaut mieux
ne pas y penser. La question est dès lors de
savoir si l’Inde est intrinsèquement faible
ou si elle a été artificiellement affaiblie
par de mauvaises politiques, de mauvaises
options militaires, et par une incapacité à
comprendre comment l’arme religieuse est
utilisée par le Pakistan – et, plus
récemment, par le Bengladesh – ainsi que la
réponse qui doit y être apportée.
Si l’on veut
porter remède aux faiblesses que l’on a
laissées se développer dans la pensée
stratégique de l’Inde, ainsi que dans les
modes de réponse inadéquats qui ont résulté
de prémisses erronées, il faut faire table
rase des concepts en cours, changer la façon
de poser le problème et ouvrir des
perspectives nouvelles qui permettront de
trouver des réponses plus efficaces aux
menaces qui pèsent sur l’héritage védique du
sous-continent.
Pour que l’Inde
puisse émerger comme acteur important sur la
scène mondiale, elle doit pouvoir répondre à
la menace des fondamentalistes islamistes en
provenance du Pakistan et du Bengladesh, qui
s’est étendue à toute la zone Nord-est et
jusqu’à l’Inde elle-même, sous le nez et à
la barbe de nos services de renseignements.
En conséquence, à moins que l’Inde ne soit
en mesure de sortir de l’impasse actuelle
concernant le terrorisme transfrontalier et
les flux
migratoires illégaux (principalement non
hindous et inamicaux à l’égard de l’Inde),
elle ne serait pas en mesure d’empêcher la
montée d’un fondamentalisme musulman dans le
sous-continent. Il est donc de première
importance d’entreprendre une analyse des
options non militaires qui nous
permettraient d’arriver à un niveau plus
acceptable des problèmes transfrontaliers,
particulièrement dans les corridors de
l’Est, où ils sont actuellement en pleine
expansion.
Le gouvernement
Indien a fait l’objet de nombreuses
critiques, à l’intérieur comme à
l’extérieur, concernant ses relations avec
ses voisins. Ce que beaucoup trouvent
inexplicable, c’est qu’un pays de la taille
de l’Inde puisse continuer à en appeler à
d’autres puissances pour juguler l’envoi,
par le Pakistan – et maintenant par le
Bengladesh –, de groupes insurgés sur son
territoire. Ces pays ne pouvant pas se
mesurer à l’Inde, du fait de la
disproportion des ressources de part et
d’autre, l’incapacité supposée de l’Inde à
trouver une réponse effective à ces menaces
doit venir de mauvaise priorités sur les
plans de l’organisation des forces armées et
l’acquisition d’armements, ainsi que dans
l’adoption d’une seule option stratégique,
la guerre conventionnelle, qui ignore
d’autres types de réponse possibles.
Compte tenu des
sensibilités religieuses existant dans le
pays, les questions traitées ici ont
longtemps été considérées comme taboues.
Cependant, les forces armées, en tant
qu’organisation professionnelle ont le
devoir, comme c’est le cas partout dans le
monde, d’examiner tous les aspects de la
sécurité nationale avec une objectivité
clinique. Lorsque, il y a quelques années,
le site le plus sacré de l’Islam, la Mecque,
a été menacé par des révolutionnaires, les
forces saoudiennes n’ont eu aucune
hésitation à donner l’assaut dans la sainte
citadelle de l’Islam afin d’y rétablir
l’ordre. On trouverait des exemples
analogues en Egypte et ailleurs. Les nations
soucieuses de leur sécurité et leurs forces
armées se doivent d’agir avec détermination
dès lors qu’elles se trouvent en présence
d’une menace claire. Ce n’est qu’en Inde
qu’on laisse les problèmes suppurer dans une
interminable agonie. C’est même devenu un
trait indien, ou peut-être hindou. Cet
article entend situer la question de la
sécurité nationale de l’Inde à l’intérieur
d’une dimension plus vaste, celle de
l’héritage védique et post-védique. Cette
formulation n’exclue en rien les
garanties d’égalité et de liberté pour les
minorités non hindoues, ni l’importance
primordiale que nous accordons à une
coexistence harmonieuse des communautés, car
celle-ci fait partie intégrante de
l’héritage philosophique indien, comme des
garanties inscrites dans sa constitution.
Il ne fait aucun
doute que la menace la plus directe sur la
sécurité de l’Inde vient aujourd’hui du
terrorisme mondial et de ses liens avec le
fondamentalisme islamique, lequel est
toujours susceptible de recevoir ses
instructions et un soutien logistique et
financier du Pakistan comme du Bengladesh,
les deux agissant d’ailleurs de concert.
Cette menace existe à l’état diffus et peut
se concrétiser à n’importe quel moment dans
le pays ou à sa périphérie immédiate, comme
on peut le voir au Népal, ou dans la
politique du Bengladesh visant à
déstabiliser tout le Nord-est. Ce n’est pas
tant le niveau actuel de la menace qui est
alarmante que son niveau potentiel, lequel
résulte de l’incapacité des gouvernements de
l’Inde à prendre des initiatives décisives
en temps opportun.
De même, alors que nos
adversaires utilisent l’intervalle entre
deux guerres pour se renforcer en vue du
coup suivant ou pour poursuivre leurs buts à
long terme, comme le font la Chine, les USA
et le Pakistan, en Inde la complaisance
s’installe très rapidement, même dans les
forces armées, ouvrant la porte à des
vulnérabilités nouvelles. Ce piège aussi
doit être évité par les responsables
indiens.
Par ailleurs,
compte tenu de la proximité du Bengladesh et
de la présence de 16 millions de
Bengladeshis immigrants sur les états
frontaliers, la montée du terrorisme
islamique dans l’Est menace sérieusement la
sécurité de l’Inde, tant sur le plan de son
intégrité territoriale que sur celui de
l’héritage védique dans cette région. De
manière significative, l’ULFA (United
Liberation Front of Asom)
et la MULTA (Muslim United Liberation
Tigers of Assam) ont déjà rejoint le
Bengladesh Islamic Manch (BIM),
organisation créée en Mai 2002 pour
coordonner les activités communes à
différents groupes terroristes implantés au
Bengladesh ainsi que dans les zones à
majorité musulmane du Sud-est de l’Inde et
de Myanmar (Birmanie). Le BIM s’est fixé
comme objectif la création d’un État
islamique transnational avec le Bengladesh
comme noyau dur. Or tout cela s’accompagne
d’un transfert progressif d’Ouest en Est
(du Pakistan vers le Bengladesh) d’une
capacité croissante de guerre asymétrique,
avec, comme objectif permanent à long terme,
l’érosion interne de l’Inde. Ce glissement
Ouest-Est, en plus de renforcer l’effort de
jihad du Pakistan, a été rendu encore plus
nécessaire avec l’immixtion des USA dans la
politique pakistanaise et le regard vigilant
que l’Occident garde sur ce pays, qui sont
susceptibles de s’approfondir dans les
années qui viennent.
En conséquence,
aucune paix n’est envisageable sans un
démantèlement général préalable des
installations hostiles existantes dans tous
les secteurs. De même, tout pronostic d’une
possibilité de compréhension mutuelle entre
l’Inde, le Pakistan et le Bengladesh, ainsi
que des mesures de paix qui
l’accompagneraient, tourneraient
probablement au désavantage de l’Inde, car
ses voisins garderaient toujours intactes
leurs capacités de réactivation des cellules
dormantes et pourraient reprendre leurs
activités anti-indiennes (en fait
anti-hindoues) à n’importe quel moment, du
moins tant que la combinaison mollahs-armée
gardera des atouts en mains sous quelque
forme que ce soit. Par conséquent, l’Inde ne
peut se permettre de baisser sa garde. Elle
devra plutôt redoubler d’efforts en matière
de renseignement et de contre-renseignement,
si l’on veut que le processus de paix
progresse de manière significative.
Quels que soient
les résultats des conversations en cours
entre l’Inde et ses voisins, et quelles que
soient les concessions accordées par l’Inde
pour désamorcer les tensions existantes, que
ce soit de son propre chef ou sous la
pression de l’extérieur, les aspects évoqués
dans les paragraphes suivants travailleront
contre l’Inde pendant encore longtemps. Tout
d’abord, la communauté musulmane s’opposera
en bloc à tout changement radical de sa
politique étrangère, surtout de ses
relations avec Israël et les États-Unis.
Cette attitude s’enracine dans un sentiment
viscéralement anti-israélien et dans la
haine que le panislamisme a installé dans
presque tous les pays où existe une
communauté musulmane. Le problème est
exacerbé en Inde de par la taille de sa
communauté musulmane et la vulnérabilité de
celle-ci à la propagande transfrontalière.
Le Gouvernement Indien et la classe
dirigeante doivent accepter la réalité d’un
sentiment fondé sur l’identité religieuse
plutôt que sur un antinationalisme à
proprement parler.
Deuxièmement,
alors que les régimes militaires du Pakistan
et du gouvernement bengladeshi possèdent la
capacité de démanteler leurs camps de
jehadis utilisés pour l’entraînement des
éléments infiltrés, il est peu probable
qu’il en soit de même pour les madrassas
gérées par des groupes radicaux qui prônent
la jihad et le meurtre des
non-musulmans comme acte de foi en la
religion du Prophète. En réalité, c’est la
haine instillée dans les jeunes recrues des
madrassas qui permet à ces
tanzeems de garder le contrôle de leurs
ouailles. Modernisons les madrassas
et laissons des pensées nouvelles les
pénétrer et nous assisterons à un changement
radical dans le comportement des étudiants.
Néanmoins, les islamistes radicaux ne
laisseront jamais cela se produire, et aucun
gouvernement pakistanais ou bengladeshi ne
se hasarderait à une confrontation directe
avec ces groupes. Quelles que soient les
ouvertures de paix et les mesures de
confiance qui pourraient être prises, les
produits de ces madrassas et les
dirigeants fanatiques qui les contrôlent
seront toujours en position de rétablir des
camps d’entraînement pour des
missions-suicides de l’autre côté de la
frontière.
Troisièmement,
tant que l’Amérique poursuivra sa politique
interventionniste au Moyen-Orient, en Asie
Centrale, au Pakistan et en Afghanistan, il
en résultera nécessairement la poussée d’un
islam anti-modernisateur, en premier lieu
dans le sous-continent, où l’identité
panislamique nourrira alors la croissance de
groupes fondamentalistes hostiles à l’Inde.
Même s’ils ne s’engagent pas dans des
activités anti-nationales stricto sensu,
ils constitueront une sorte de poudrière
toujours prête à s’enflammer. Il suffit
pour cela que de jeunes musulmans soient
manipulés et que la politique du
gouvernement lui soit présentée comme
anti-musulmane, même s’il n’en est rien.
Notons que même dans l’hypothèse d’une
coexistence harmonieuse entre communautés en
Inde, la situation mondiale tendra toujours
à exacerber l’hostilité des musulmans contre
les hindous dans le sous-continent.
Tels sont
quelques uns des problèmes qui continueront
à entraver la croissance de l’Inde en tant
que pouvoir régional, quels que soient les
progrès réalisés sur les plans économique,
technologique ou autres, et indépendamment
des concessions que l’Inde sera amenée à
faire au Pakistan et au Bengladesh pour
diminuer la tension au Jammu et au Cachemire
ou pour harmoniser leurs relations. Il
serait inconséquent à l’extrême pour le
Gouvernement et les responsables de la
sécurité de baisser leur garde dans le
sillage d’une amélioration des relations
avec les pays voisins, car le Pakistan et le
Bengladesh garderont toujours l’option de
relancer la mise en provoquant des troubles
au moment opportun. Or, pour répondre à ce
type de menace, l’Inde ne dispose d’aucun
mécanisme de réponse autre que la guerre
conventionnelle. Pour surmonter ce danger
permanent, les mesures suivantes doivent
être prises :
-
Tout d’abord, Le
Gouvernement et les responsables de la
Sécurité du pays doivent réaliser que le
Pakistan et le Bengladesh seront
toujours en position de créer des
troubles en Inde, directement ou pour le
compte de puissances étrangères, à moins
que leurs capacités de nuisance soit
suffisamment affaiblie au point de ne
plus pouvoir promouvoir des activités
anti-indiennes à l’avenir. Si cela
n’était pas fait, l’Inde continuerait à
souffrir comme elle l’a fait durant les
50 dernières années en dépit de sa
situation de puissance militaire et
économique régionale.
-
Les organes de sécurité
doivent être renforcés et devenir
capable de repérer et démanteler toutes
les cellules dormantes et les
organisations infiltrées par les agences
hostiles. Aucune négligence n’est
admissible dans ce domaine, quelque soit
l’attitude des États régionaux.
L’entraînement et la modernisation des
forces paramilitaires et des services de
renseignement doivent donc être
considérablement augmentés en vue de cet
objectif.
-
Le profil démographique,
surtout sur les États frontaliers, doit
être piloté beaucoup plus
professionnellement. Dans les zones
frontalières, toute tentative des
fondamentalistes en vue de propager
l’anti-modernité et repousser les femmes
derrière le purdha pour leur
interdire l’accès aux écoles d’Etat doit
être fermement combattue.
-
Des efforts particuliers
doivent être fournis, au besoin par des
forces fédérales déployées sur la
frontière, pour ouvrir des écoles dans
les régions arriérées, vulnérables à la
propagande des fondamentalistes.
Il existe une dissymétrie structurelle entre
le Pakistan et le Bengladesh d’une part, et
l’Inde d’autre part en ce qui concerne leurs
capacités respectives de nuisance : Du côté
du Pakistan et du Bengladesh, les
fondamentalistes peuvent toujours bloquer la
distribution de publications et de films
indiens dans les secteurs qu’ils contrôlent,
comme ils l’ont déjà fait. En Inde, en
revanche, ils utilisent librement toute
opportunité pour subvertir la psyche
des populations musulmanes par la
propagande, l’accès direct, les médias et la
multiplication des madrassas. Ici, la
Constitution de l’Inde, son système
judiciaire et ses médias, qui par ailleurs
renforcent la démocratie et dont le pays
peut à juste titre s’enorgueillir, travaille
à son désavantage tant que cette menace
extérieure existe. Il faut ainsi se rendre
compte que sous le gouvernement du Général
Musharaff, les organisations de jehadis
au Pakistan étendent l’emprise de leurs
réseaux bien plus rapidement que Pervez
Musharraf et les Américains ne le réalisent.
Alors que les principaux partis politiques
ont été mis sous contrôle, chaque mois qui
passe voit naître de nouvelles madrassas
ouvertes par les militants islamistes. Ces
derniers mettent aussi en place des
activités charitables de terrain dans les
secteurs les plus pauvres de la société
pakistanaise, négligées par l’État. Leurs
caisses s’emplissent d’une quantité massive
de petites donations du public. D’ici cinq à
dix ans, ils représenteront un défi crédible
à la suprématie de la Fondation Fauji de
l’armée pakistanaise.
Quelque chose de similaire pourrait se
produire au Benglasdesh.
Ceci dit, le
repérage et l’endiguement du terrorisme ne
peuvent constituer à eux seuls la stratégie
à long terme d’une nation confrontée à une
menace terroriste potentielle. Il faut viser
la destruction du cœur et de la pensée de
l’organisation qui la parraine. Le recours à
de mesures répressives devrait lui succéder,
non la précéder. Pendant trop longtemps, du
fait de son incapacité à saisir l’essence du
problème, la politique indienne ainsi que
ses services de sécurité ont été incapables
d’une quelconque efficacité. Une autre
réponse doit être trouvée, et chaque nation
doit élaborer ses propres alternatives aux
méthodes américaines actuelles de traitement
de la menace terroriste – la destruction
préventive ou les représailles massives, qui
sont inadéquates.
Après avoir
donné de sérieux coups à El Quaïda, les USA
semblent se satisfaire de canaliser
l’énergie résiduelle des jehadis vers
la Russie, l’Asie et l’Afrique, comme en
Tchétchénie, au Cachemire ou ailleurs,
pourvu que les pays occidentaux restent
raisonnablement hors d’atteinte. Le plus sûr
moyen de s’assurer d’un affaiblissement des
capacités hostiles à l’Inde est d’abord de
renforcer sa sécurité. Inutile de dire que
ce point laisse actuellement beaucoup à
désirer. Une démocratie telle que l’Inde,
avec la politique qui est la sienne,
laissera toujours ouvertes de grandes
failles dans sa sécurité nationale, surtout
si son adversaire peut mobiliser à
l’intérieur du pays des sympathies
panislamiques ou des ressentiments qui se
sont accumulés dans la communauté
minoritaire. La question se complique du
fait que la sécurité relève des États
régionaux, y compris sur le plan judiciaire.
Dans ce domaine, la Constitution recèle une
faiblesse grave à laquelle il n’a jamais été
porté remède malgré tous les amendements
apportés au cours des cinquante dernières
années : on n’y trouve aucune définition
d’un crime de nature fédérale ni aucune
instance judiciaire fédérale qui puisse être
saisie sur l’ensemble du territoire. Aucun
autre pays ne connaît une telle infirmité,
qui peut être facilement exploitée par les
intérêts hostiles.
La dynamique démographique
Selon un ancien
Secrétaire d’État Américain, G. P. Schutltz,
c’est la soumission imposée aux femmes par
une population masculine souvent désoeuvrée
qui a provoqué l’explosion démographique.
Dans le sous-continent, celle-ci a joué un
rôle important dans la dégradation de la
situation au Nord-est. Quelle que soit
l’estimation du nombre d’immigrants, qui
varie de douze à vingt millions, il reste
que l’Inde sera toujours le bassin de
réception final des immigrations illégales
de la plupart des pays périphériques. Une
grande part de ces populations est
potentiellement vulnérable à la propagande
anti-indienne. Les implications en termes de
sécurité sont bien perçues par New Delhi et
le Bengale, qui sont maintenant revenus de
la politique de l’autruche. Néanmoins, ni le
Bengale ni les États de Nord-est, ni le
Centre n’ont formulé de politique claire
pour écarter la menace posée par ce flux
migratoire grandissant. Le plus probable est
que la décision du Centre de maintenir le
statu quo concernant la loi sur
l’immigration clandestine en Assam, le
IMDT Act
est susceptible d’exacerber le problème dans
les années qui viennent.
Si l’on ne prend
pas de mesure préventives anticipatrices,
les flux en provenance de Bengladesh, du
Pakistan et du Népal pourrait se changer en
invasion, lorsque se feront sentir les
effets de l’arrivée à échéance de l’accord
multifibre signé par les membres de l’OMC,
qui a pris fin le 31 décembre 2004. En effet
les Américains et les Européens, qui se
fournissaient jusqu’alors en textile auprès
de soixante pays, sont autorisés maintenant
à réduire le nombre de leurs fournisseurs à
quelques pays seulement. Le principal
bénéficiaire en sera la Chine et, dans une
moindre mesure l’Inde ; les principaux
perdants seront le Bengladesh, le Népal et
le Pakistan. Des millions de gens pourraient
se trouver sans emploi dans des pays qui
sont parmi les plus pauvres et les plus
instables du monde. Les experts du
Bengladesh craignent une perte de 1.25 à 2.5
milliards de dollars d’exportation, sans
compter ses répercussions sur le secteur
bancaire et l’ensemble de l’économie.
Environ 70% des travailleurs textiles au
Bengladesh sont des femmes, la plupart
venant de zones rurales pauvres. Il est à
craindre que si elles perdaient leur emploi,
beaucoup n’aient d’autre option que la
prostitution pour survivre. À cet égard, la
décision des industries automobiles
indiennes Tata, d’investir 2 milliards de
dollars au Bengladesh apparaît comme un pas
dans la bonne direction. D’autres
entreprises indiennes pourraient suivre, si
elles recevaient des garanties crédibles de
la part du gouvernement hôte.
Sur le plan des
influx démographiques, le Bengladesh
pourrait devenir le Mexique de l’Inde, si ce
n’est déjà fait. Les USA n’ont pas pu
arrêter l’immigration clandestine en dépit
d’une bien meilleure gestion frontalière et
d’outils de surveillance très sophistiqués.
Bien sûr, les USA n’ont pas à craindre des
populations immigrantes le même type de
menaces que l’Inde de la part d’un
Bengladesh démographiquement submergeant
certaines régions du Nord-est et du Bengale
occidental. Cela exige des modèles de
réponse du côté indien qui fassent preuve
d’imagination et d’innovation.
La voie à suivre
Nul doute que la
culture hindoue est assaillie de l’extérieur
et mise à mal à l’intérieur. Comment
peut-elle relever ce défi ? Suggérons
quelques actions possibles dans les
conditions qui prévalent aujourd’hui dans le
sous-continent.
-
La radicalisation de
l’hindouisme ou d’un noyau dur tel que
le mouvement Hindutva, ainsi qu’il est
prôné par certaines organisations, n’est
certes pas une réponse satisfaisante.
L’hindouisme doit garder son identité
propre, laquelle est fondée sur les
valeurs de compassion, de tolérance et
de non-violence, et ce quelles que
soient les menaces qui l’assiègent. La
renonciation à de telles valeurs serait
une renonciation à nous-mêmes et
représenterait une défaite spirituelle
inacceptable.
-
Le menaces qui pèsent sur
l’hindouisme aujourd’hui, sur la terre
même de sa naissance, c’est-à-dire
l’ensemble du sous-continent qui s’étend
de l’Océan Indien jusqu’à l’Hindou-Kouch
et au Tibet, sont aussi graves que
celles qui ont existé dans le passé et
doivent être contrées par les services
compétents comme dans tout État de
droit. Si besoin est, ces services
peuvent être renforcés et leurs
compétences temporairement étendues
jusqu’à ce que le danger soit
définitivement écarté.
-
Il est du devoir de
l’État indien et de chaque citoyen de
s’assurer qu’en dépit des différences
communautaires qui ont été exacerbées
par des objectifs politiques et par la
situation internationale, aucun membre
de minorités communautaires ne soit
maltraité ni contraint à vivre dans la
peur. Engendrer la peur, même en
l’absence de toute violence physique,
est aussi condamnable que cette
dernière.
-
Parallèlement au
renforcement des organes de sécurité,
les gouvernements fédéral et régionaux
doivent s’assurer que l’émancipation des
femmes et l’éducation des filles soient
mises en tête des priorités. Aucune
organisation communautaire, aucun homme
politique ni aucun individu ne devrait
être autorisé à s’opposer à une telle
politique.
-
La stabilisation de la
population dans tout le sous-continent
doit devenir un objectif prioritaire de
la SAARC
.