La Nature
et le sens du sacré
Par
Michel Danino
Michel Danino, vit en Inde depuis 1977,
actuellement près de Coimbatore. Il a dirigé
et écrit plusieurs livres dont « The
Invasion that never was » et donné de
nombreuses conférences sur la culture et
l'histoire ancienne de l'Inde. En
2001 il lança l’International Forum for
India’s Heritage (www.ifih.org). Il a aussi
participé activement à la défense de
l’environnement dans les montagnes des
Nilgiris (Tamil Nadu).
On
parle beaucoup de Nature en Occident, ces
dernières décennies. On parle d’écologie. On
parle même de Gaïa : une terre vivante,
consciente. On parle aussi, bien sûr, et de
plus en plus, de la destruction qu’inflige
notre espèce dysfonctionnelle à la planète
qui nous a donné le jour et qui nous a
nourris. Comme si la Nature n’avait jamais
existé avant, en quelque sorte : nous ne la
découvrons qu’en la détruisant.
En Inde aussi, on parle de la
Nature — depuis quelques milliers d’années.
On parle de la terre, surtout. Mais on en
parle différemment. Il n’y a pas « l’homme »
d’un côté et la « Nature » de l’autre. Il
n’y a pas non plus « Dieu » et la
« Nature ». Il y a une unité, une
indivisibilité, dans le principe en tout
cas. Et dans la pratique ? C’est une longue
histoire.
Nature et Écritures
Elle commence avec l’une des
plus anciennes Écritures au monde, le Rig-Véda.
On y trouve un antique motif dont nous avons
oublié le sens : non seulement une révérence
égale pour ciel et terre, mais l’union des
deux en un être unique (dyâvâprithvî,
littéralement « ciel-terre »). Pas de
différence : la création n’est ni inférieure
ni maudite, elle n’est pas quelque chose
d’« extérieur » à l’Être divin. La preuve,
la terre recèle dans ses profondeurs le
Soleil caché, Martanda, et le Feu
divin, Agni : « Ô Agni, Ta splendeur
est au ciel et dans la terre et ses
croissances et ses eaux (III.22.2)… Il est
le fils des eaux, le fils des forêts, le
fils des choses stables et des choses en
mouvement. Même dans la pierre Il est là… »
(I.70.2). De fait, Agni est parfois appelé
« Vanaspati », le seigneur de la forêt.
Cette omniprésence du feu divin est un
mystère qui nous invite à la contemplation.
Pour le Rig-Véda, l’univers est
un « arbre à mille branches » (III.8.11,
IX.5.10). Comme nous sommes loin aujourd’hui
de cette puissante compréhension des
choses ! La Bhagavad-Guîtâ, l’un des plus
célèbres textes hindous, fait un pas de plus
et nous livre cette image saisissante du
figuier cosmique, l’ashwattha,
dont les racines sont au ciel et dont les
branches s’étalent vers le bas. Ailleurs
dans le Mahâbhârata, cette extraordinaire
épopée dont fait partie la Guîtâ, il est dit
que celui qui vénère l’ashwattha
vénère l’univers entier. L’Atharva-Véda, le
plus « jeune » des quatre Védas, chante un
émouvant « hymne à la terre » (XII.1), ses
beautés et ses richesses. Montagnes
massives, rivières impétueuses, océans — les
Védas font constant usage de tous ces
symboles. Certains hymnes ne s’adressent
plus aux dieux, mais implorent les eaux, les
arbres et autres plantes d’accepter la
prière du hiérophante. Le Yajur-Véda
(IV.2.6) va jusqu’à qualifier les plantes de
« déesses ».
Les animaux, bien sûr, jouent un
rôle important dans la symbolique védique :
le cheval (énergie en mouvement, force
conquérante), le taureau (puissance massive)
associé aux dieux principaux, et la vache
qui représente toujours la lumière ; ainsi
Aditi, la mère des dieux, est souvent nommée
dans le Rig-Véda « la vache divine ». Usha,
l’aube, vient dans un chariot tiré par des
chevaux, des vaches, ou les deux ensemble
(ce qui ne peut, bien évidemment, n’avoir de
sens que symbolique). Même l’humble chien
(sous la forme de Sarama) joue un rôle
crucial dans la quête védique : c’est lui
qui retrouve la piste des vaches volées par
les forces de l’obscurité.
Plus tard, au fil des épopées et
des Puranas, ces textes encyclopédiques qui
ont formé la mythologie hindoue telle
qu’elle survit aujourd’hui, tous ces
éléments s’entremêlent dans une toile
parfois délirante. Chaque divinité a son
« véhicule » : Shiva monte son beau taureau
blanc Nandi, Vishnu l’aigle Garuda, Durga la
terrible déesse-Mère est assise le plus
souvent sur un tigre ou un lion ; et Ganesha,
le dieu-éléphant, sur un rat ! Curieusement,
les premiers avatârs de Vishnu ont des corps
d’animaux qui n’auraient pas surpris
Darwin : le poisson, puis la tortue, le
sanglier, une créature mi-homme mi-lion…
Mais même quand ils ne sont pas déifiés, les
animaux sont souvent l’objet de l’affection
des hommes comme des dieux : on se souvient
de scènes où l’enfant Krishna reçoit la pure
dévotion des vaches qu’il garde ; dans le
Râmâyana, la deuxième grande épopée de
l’Inde, un courageux vautour et des
troupeaux de singes se rallient à Râma. Ce
souci des créatures les plus humbles est
justement ce qui avait touché Michelet plus
que tout dans les textes de l’Inde : il
disait ne trouver l’équivalent de cette
attitude nulle part dans la culture
européenne.
Doit-on voir dans tout cela un
« culte de la Nature » ? Non, c’est un autre
regard sur l’univers, d’où sont absents les
fossés creusés par un esprit jéhovien :
l’homme fait partie intégrante de cet océan
de vie, il ne lui est pas supérieur ni ne
cherche à le « conquérir ». C’est la quête
d’une harmonie, non d’une domination
éphémère et nécessairement destructrice.
Au-delà des Écritures
Cette quête ne se manifeste pas
que dans les écritures. Sur les sceaux
encore mystérieux de la civilisation de
l’Indus (qui prit son essor aux environs de
2600 avant notre ère), on trouve de
nombreuses représentations d’arbres, dont le
figuier védique ashwattha, mais aussi
des animaux divers, du paon à l’éléphant, de
l’antilope au rhinocéros, du tigre au
taureau. La plupart de ces animaux étaient
évidemment sacrés, sans doute nantis d’un
symbolisme plus large, religieux ou social.
Sur une tablette énigmatique, une femme
couchée donne naissance à une plante
vigoureuse. D’autres scènes confirment que
le culte de la déesse-mère était répandu et
associé à la Nature, comme dans bien
d’autres sociétés préhistoriques (mais pas
nécessairement « primitives »).
Lorsqu’on en vient à la période
dite historique de l’Inde, l’art bouddhiste
ou jaïn met très souvent la Nature en toile
de fond. Une scène célèbre dépeint Maya, la
mère du Bouddha, lui donnant naissance dans
le jardin de Lumbini, debout et appuyée
contre un arbre de sâl.
Plus tard, c’est au pied d’un autre arbre
que le Bouddha trouva l’illumination. Il
serait léger de ne voir dans tout cela qu’un
propos d’agrément. Il en va de même de la
littérature de l’époque, depuis le célèbre
dramaturge Kâlidâsa jusqu’à la poésie
tamoule de l’ère Sangam : certes, les
charmes des montagnes et des forêts ou des
rivières y abondent, magiquement exprimés,
mais c’est toujours davantage qu’un charmant
décor : c’est une partie de notre âme qui
vit dans ces éléments et qui célèbre la joie
cosmique.
Le Panchatantra, cette
collection de fables animales qui en a
inspiré tant d’autres, depuis les Mille
et une nuits jusqu’à La Fontaine, est
différent. Là, les animaux deviennent des
instructeurs, aussi sages ou retors que les
humains.
Là où l’Inde ancienne se
distingue, c’est justement dans le
traitement des animaux. Les Shastras
(textes d’injonctions éthiques)
interdisaient de tuer la plupart d’entre eux
(pas seulement la vache). Sans doute
s’inspiraient-ils de l’empereur bouddhiste
Ashoka, qui dans ses célèbres Édits du IIIe
siècle avant notre ère, proscrivait la
chasse et toute cruauté envers les animaux.
Il alla jusqu’à déclarer certaines espèces
comme protégées : elles devaient être
l’objet de soins médicaux ! Vers la même
époque, l’Artha Shastra (2.26), texte
socio-politique très important, décrit non
seulement des forêts mais des réserves
d’animaux où ils sont protégés de toute
agression.
Certains d’entre eux ornaient
les étendards d’anciens royaumes :
l’éléphant pour la dynastie des Ganga, le
lion pour les Kadambas, le tigre chez les
Cholas, ou même l’humble poisson chez les
Pandyas.
Une tradition vivante
Cette intimité avec la Nature
devait donner naissance à une médecine
unique au monde : l’Âyurvéda (ou « science
de la vie »), pour qui le corps humain obéit
à des principes et des rythmes universels.
Sa pharmacopée se compose de préparations
qui se servent de milliers de plantes,
certaines en voie de disparition. Il existe
également une science ayurvédique des arbres
et plantes (le vrikshâryurvéda) qui
enseigne l’art de traiter les semences, de
soigner un arbre malade, d’améliorer le sol…
La médecine ayurvédique est un
exemple merveilleux d’une tradition vivante
depuis plusieurs millénaires, fondée sur un
autre abord de la vie et de l’univers. Mais
ce n’est pas le seul. Aujourd’hui encore, si
l’on trouve en Inde des bois à proximité de
certains villages, c’est qu’il s’agit en
réalité de « bosquets sacrés », au soin
exclusif des villageois. Ces bosquets
abritent quelque divinité, ou souvent des
pierres commémorant un héros local ; les
coutumes varient, mais le résultat est le
même : la survie de quelques hectares de
forêt, qui souvent recèlent des espèces
végétales rares. L’Inde, ne l’oublions pas,
est aussi un pays où vivent des milliers de
tribus, dont la plupart vivent de la forêt
tout en la protégeant : les Bishnois, les
Bhils, les Warlis, les Santhals ou les Todas,
parmi d’autres, ont fourni de beaux exemples
de cette symbiose dont notre civilisation
est notoirement incapable.
Peut-être est-ce d’eux, aussi,
que l’hindouisme a appris a adorer les
arbres : rares sont les temples anciens qui
n’ont pas un ou plusieurs arbres sacrés,
vénérés par les dévots. Plus l’arbre est
ancien, plus il est imbu de divinité : à
Kanchipuram par exemple (dans le Tamil Nadu),
le temple d’Ekambareshwar possède un
impressionnant manguier qui aurait, selon la
tradition, plus d’un millénaire ; on dit que
ses quatre branches massives représentent
les quatre Védas. De fait, les arbres jouent
un rôle important dans les rituels de l’Inde
rurale et tribale, notamment ceux qui
célèbrent les transitions de la vie :
puberté, mariage, ou bien une prière pour
avoir un enfant, des pluies, etc. Parfois,
on mariait un garçon et une fille à un arbre
avant leur propre mariage. Le symbole, là
encore, est clair pour qui veut comprendre.
Au Maharashtra, la cérémonie de « Vata
Savitri », toujours pratiquée, met en scène
l’histoire de Savitri, qui arracha son époux
à la mort ; au cours du rituel, les femmes
attachent un fil autour d’un ashwattha,
et plus long est le fil, plus le mari aura
la vie longue.
Ces rituels n’ont rien
d’arbitraire, et ils font toujours usage
d’une plante sacrée ou d’une autre :
feuilles de vilva,
de neem
ou de tulsi,
pâte de santal, etc. Chaque fleur, chaque
feuille, est associée à un dieu particulier,
et rappelle au dévot que nous vivons dans un
univers sacré. De plus, il fallait préserver
ces plantes, puisque les rituels dépendaient
d’elles. Ceci est vrai non seulement des
rituels hindous « classiques », mais aussi
des cultures tribales. Ainsi chez les Todas
des Nilgiris, les rituels, généralement très
complexes, dépendent d’espèces rares, et
certains doivent être tout simplement
abandonnés quand l’espèce en question
disparaît — ce qui arrive de plus en plus
souvent, faut-il le dire.
Une histoire qui finit
mal ?
On pourrait citer bien d’autres
illustrations de cette ancienne histoire
d’amour. Mais comment finit-elle ? Pourquoi
voit-on si peu de traces de cette révérence
pour notre mère dans l’Inde moderne ?
Paysages éventrés, bâtiments laids qui se
multiplient à perte de vue, décharges à tout
coin de rue, campagnes desséchées, forêts
ravagées, collines dénudées, rivières
agonisantes ou disparues — voilà ce qui nous
frappe le plus souvent. Les étangs de
village se remplissent de débris ou de
poussière, vaches et cochons font office
d’éboueurs, les animaux sont bien souvent
traités cruellement. Des barrages tuent les
rivières et submergent quelques dernières
forêts, tandis que les industries nucléaire
et thermique rivalisent dans l’étendue et la
persistance de la pollution qu’elles
infligent au pays. Tout cela pour nous
fournir le privilège d’une vie « moderne »
dans des cités chaotiques, paradis de
brouillards toxiques et de détritus,
triomphes du progrès technologique. (Et
pourtant, bien rares sont les villes
indiennes qui disposent aujourd’hui d’un
système sanitaire ou d’une discipline
civique comparables à ce que les cités de
l’Indus avaient accompli, il y a presque
5000 ans…)
Que s’est-il donc passé ?
En bref, l’Inde n’a pas su
trouver son chemin après son indépendance de
l’empire britannique en 1947. Au lieu de
chercher sincèrement sa propre voie, en
remettant les horloges à zéro et en étudiant
les conditions réelles du pays, sous la
tutelle de Nehru, elle a enfanté d’un
monstre : un hybride entre l’utilitarisme
britannique et l’industrialisation
staliniste. Des plans quinquennaux pour
mieux organiser le gaspillage et planifier
la corruption, d’énormes barrages, d’énormes
usines nucléaires, un énorme secteur public,
le tout fonctionnant sous une énorme
structure bureaucratique, vénale et
incompétente. Les départements des forêts
sont devenus le plus souvent les premiers
destructeurs de l’environnement, déracinant
des forêts indigènes pour les remplacer par
des forêts exploitables commercialement,
donnant libre cours à diverses maffias du
bois ou de la pierre, à l’empiètement des
terres tribales, et dépensant beaucoup plus
généreusement sur leurs multitudes
croissantes d’employés superflus que pour la
protection réelle des forêts en voie de
disparition. L’agriculture est devenue le
cimetière de millions de tonnes
d’insecticides utilisés sans la moindre
discrimination, et sans une pensée pour les
générations à venir ; elle a dangereusement
épuisé les nappes aquifères, créant des
sécheresses artificielles au pays des
grandes moussons. Les politiciens, dénués de
toute vision, ont ignoré pendant des
décennies l’énorme potentiel des énergies
alternatives, qu’un pays tel que l’Inde a la
chance de posséder en abondance et qui
pourrait facilement subvenir aux besoins de
tous ses villages, pour commencer. Les
industries étaient tenues pieds et poings
liés par un millier de règlements
kafkaesques, mais sans les quelques règles
indispensables pour contrôler la pollution
efficacement ou traiter les déchets
toxiques. Et chez les énormes populations
urbaines, issues sans transition d’une
société traditionnelle, la vieille relation
avec la Nature s’est brisée, sans rien pour
la remplacer.
En un mot, les ressources
« naturelles » ont cessé d’être une
bénédiction qu’on se doit d’utiliser
sagement ; elles sont devenues, comme
ailleurs, l’objet de notre avidité
insatiable. Sans s’en rendre compte,
incapable d’émerger intellectuellement de
deux siècles de colonisation, mais
précipitée dans une industrialisation
frénétique, l’Inde s’est mise à suivre le
chemin de l’Occident, celui qu’il a choisi
depuis une certaine Genèse puérile qui
déclara que toute cette création n’était que
pour notre bon plaisir. Et pour ce
« plaisir », de plus en plus inutile et
mesquin, il nous importe peu que notre
hyperactivité enfiévrée mettre en danger une
planète entière avec toutes ses espèces.
Dans l’Inde, ce conflit va
gagner en intensité d’année en année :
pression démographique, une population de
centaines de millions de jeunes, une
économie en expansion rapide exerceront —
exercent déjà — une pression sans précédent
sur l’environnement — et sur la santé, qui
d’ores et déjà engouffre vies et ressources
précieuses.
Il n’existe sans doute aucune
solution humaine. Ou plutôt elles existent,
et tout le monde les connaît : adaptation
intelligente des traditions, simplicité de
vie découlant de la conquête de l’avidité,
fonctionnements collectifs mais
décentralisés, un réel effort de tous pour
minimiser la pollution et les déchets, pour
recueillir et recycler les eaux — et un peu
de vision, de sincérité et d’honnêteté chez
les gouvernants. Tout est possible, mais il
faudrait une sorte de miracle pour remonter
pareille pente. Quelques organisations
et quelques individus déterminés livrent une
courageuse bataille protégeant une forêt
ici, confrontant une industrie là ou une
mafia cynique un peu plus loin, mais cela ne
suffit pas. Il faut retrouver le vrai lien
avec la Nature ; non pas pour un « retour au
passé », mais pour construire une nouvelle
fondation pour le seul avenir possible. Dans
la vision de l’Inde, la Nature est une vache
que l’on trait : la vache n’en meurt pas. En
Occident, on appelle cela une « symbiose » —
vivre ensemble sans se détruire l’un
l’autre. Mais pour « vivre ensemble », il
faut comprendre ce avec quoi l’on vit, ou ce
sur quoi l’on pousse, et le réaliser dans la
pratique quotidienne. C’est davantage qu’un
simple sens de vastitude, de grandeur, de
majesté ou même de beauté. C’est un sens du
sacré, c’est-à-dire d’une présence
devant laquelle on ne peut que s’incliner.
« L’homme ne comprend que la
leçon de la catastrophe » a-t-on dit, et
cela semble chaque jour de plus en plus
vrai. Il y a quelques millénaires, l’Atharva-Véda,
dans son « Hymne à la terre », donnait voix
à cette prière qui devrait être la nôtre :
Je suis
le fils de la Terre, le sol est ma mère…
Ô Terre,
puissent tes pic enneigés et tes forêts nous
être hospitaliers !…
Puissions-nous dire ta beauté, ô Terre, qui
es dans tes villages et tes forêts, dans tes
assemblées, tes guerres et tes batailles…
Sur la
vaste terre immuable soutenue par la Loi,
sur la mère universelle des plantes,
paisible et bonne, puissions-nous marcher
pour toujours !