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L'éducation en Inde, passée, présente et future

Par Kiran Vyas

Kiran Vyas (né en Inde en 1944) est directeur et fondateur des centres Tapovan, et un des pionniers de l'ayurvéda en France. Pendant près de 10 ans, Kiran Vyas a travaillé à l’UNESCO comme représentant permanent et membre du Conseil Mondial de l’INSEA (Société Internationale pour l’Éducation par l’Art, Organisation non gouvernementale).

     L’Inde est un pays immense : c’est l’Inde des hindous qui s’est répandue d’Ouest en Est, de l’Afghanistan jusqu’en Indonésie, et du Sud au Nord, du Sri Lanka jusqu’au Tibet.

Les deux grand poèmes épiques de l’Inde antique, le Mahabharata et le Râmâyana, ainsi que les témoignages de différents chercheurs nous parlent de cette Inde éternelle : l’Inde culturelle, riche en arts (danse, musique, peinture, sculpture), l’Inde philosophique, littéraire et métaphysique que l’on retrouve dans la richesse de ses textes, tels que les Védas, les Upanishads, les Puranas ou dans les grands poèmes de Kālidāsa, Vālmīki, Vyasa et, plus récemment, de Tulsîdâs, qui n’en sont que les exemples les plus proéminents.

L’éducation, dans ces temps anciens, était contenue dans cet art et cette science qui permettaient de comprendre la profondeur et les hauteurs de la culture et la civilisation de l’Inde éternelle. Elle se reflétait principalement dans l’atmosphère de ses temples, dans ses prières, ses dévotions, ses cérémonies du Yagna ou d’Ārtī (adoration du feu) ou encore avec la pratique de Trisandhya (méditations, pujas et prières trois fois par jour : au lever du soleil, au coucher du soleil et au soleil du zénith)

En parallèle, toutes les différentes couches de la société avaient une compréhension innée de cette grandeur de la culture et de la spiritualité indienne. Une certaine atmosphère spirituelle ainsi imprégnait tout, aussi bien l’oeuvre du plus humble artisan, comme les sculpteurs, les tailleurs, les menuisiers, les forgerons, les orfèvres, les bijoutiers, ainsi que les paysans et les agriculteurs, que celle du poète ou du savant.       

Dans le système des 4 ashramas (stades, périodes de la vie) qui avait cours à l’époque, la 1ère partie de la vie, Brahmacharya ashram, était principalement consacrée à l’apprentissage, l’étude et l’acquisition des connaissances. Venait ensuite Grahastha ashram, la période où l’individu se consacrait et se concentrait sur Artha et Kâma. Artha : la prospérité, prendre la responsabilité de soi-même et de sa famille, et Kâma : le désir et la sexualité pour fonder une famille et élever ses enfants. Pendant cette période, on continuait d’apprendre et, en même temps, on commençait à enseigner, soit à ses enfants soit aux autres. Dans l’ancienne tradition indienne on dit que c’est surtout lorsqu’on enseigne que l’on apprend véritablement. C’est aussi là que l’on comprend que la simple connaissance intellectuelle ne suffit pas, qu’il faut avoir la capacité et la volonté de vivre intégralement ce que l’on veut transmettre, et que l’exemple reste le meilleur des enseignants.

Durant la troisième période de son existence, Vanaprashta ashram on se retirait progressivement de la vie quotidienne, en douceur, pour se plonger dans la recherche spirituelle. C’est à ce moment-là que l’on commençait à comprendre pleinement l’objectif de Dharma, la loi éternelle, et de moksha, la libération, qui sont les fondements même de la civilisation indienne.

Lorsque les premiers colons arrivèrent, en particulier les Anglais, ils tentèrent d’imposer leur propre système d’éducation, qui ne correspondait pas à cette ancienne tradition de gurukula.

Par ailleurs, on trouve quelques écoles expérimentales innovatrices et idéalistes comme celle de Tagore. Rabindranath Tagore a fondé en 1901 « Shantiniketan » qui signifie havre de paix. Cette école était constituée de huttes sous les arbres, et l’éducation y était entièrement consacrée à l’art, à la poésie, au théâtre, à la peinture, etc …. Tagore n’avait jamais aimé les écoles où les élèves étaient enfermés toute la journée entre quatre murs, comme des prisonniers. Il disait même que « les intellectuels considèrent qu’un enfant est né avec une maladie congénitale appelée l’ignorance et pour eux, l’école n’est rien d’autre qu’une école qui peut les guérir de cette maladie ».  Cette école, avec la présence majestueuse de Tagore, a eu beaucoup d’influence sur l’Inde entière.

Au cours des années 1905-10 et de celles qui ont suivi, sont aussi nées des écoles dites nationalistes ayant pour objectif de préparer l’indépendance de l’Inde. Sri Aurobindo fut un des pionniers de ce mouvement. C’était des écoles où la culture et la civilisation indienne devaient prédominer, où l’être humain tout entier était appelé à progresser non seulement au niveau de son corps physique, de son énergie vitale, de ses capacités mentales et intellectuelles, mais aussi au niveau de son  être psychique et spirituel : un progrès intégral nourri par un système d’éducation intégrale.

A partir des années 1920, après une période de régression due en grande partie à la politique de répression coloniale, l’Inde semble se réveiller et se rapprocher des grandes idées émises par Sri Aurobindo en matière d’éducation ; on en retrouve certaines dans le mouvement animé par Gandhi, mais sous une forme plus morale que spirituelle. Sri Aurobindo avait cherché à remettre l’Inde sur sa vraie voie, et l’éducation lui semblait un moyen important (mais certainement pas le seul, à moins de donner au mot éducation son sens le plus large : l’évocation de l’homme vrai, de l’âme en chacun être) de rendre les Indiens conscients de leur héritage, et de leur force pour bâtir l’avenir. Pour être libre, l’Inde devait se libérer de ses carcans, qu’ils soient sociaux, culturels, éthiques, voire spirituels, et retrouver le secrets de l’harmonie entre le corps et le mental, la matière et l’esprit.

Mais après l’indépendance en 1947, les nouveaux dirigeants du pays, au lieu de s’inspirer des préceptes de l’Inde antique, ont emprunté aux curriculums des grandes universités comme Oxford, Cambridge, Harvard ou d’autres grandes écoles étrangères, et le système d’éducation indien a continué à suivre de plus en plus le système occidental, comme avant l’indépendance de l’Inde.

Celle-ci étant acquise, les écoles dites gandhiennes ont peu à peu perdu leur enthousiasme pour les travaux de filage et de tissage et sont finalement devenues des écoles ordinaires, dépendantes des subventions de l’état. Les enseignants n’avaient plus la même ferveur qu’autrefois et le niveau d’éducation a commencé à baisser.

Le gouvernement indien souhaitait que l’éducation supérieure se répande de plus en plus et, progressivement, Le universités se sont multipliées ainsi que les diplômés, et l’éducation des filles a commencé à prendre de plus en plus d’importance. Tant et si bien que l’Inde d’aujourd’hui est devenu un exemple vivant : des centaines, des milliers de jeunes filles et de jeunes femmes sont aujourd’hui éduquées et diplômées. C’est aussi le moment où l’Inde a commencé à développer ses propres écoles polytechniques comme l’I.I.T. (Indian Institute of Technology) dont sont issus nombre de scientifiques et ingénieurs de haut niveau.

Il y a eu aussi des initiatives privées qui ont fondé de grandes écoles commerciales, de management, d’architecture ou d’ayurveda etc. Toutes les initiatives des dernières décennies ont donné une Inde moderne avec ces centaines de milliers d’experts scientifiques ou d’informaticiens. L’Inde a produit de nombreux médecins et ingénieurs, à tel point qu’il y a eu des vagues de fuite des cerveaux, et des milliers de jeunes diplômés indiens sont partis aux Etats-Unis ou dans les pays occidentaux pour mieux gagner leur vie. 

L’Inde contemporaine est redevenue consciente de l’importance de son ancien système d’éducation. L’Inde est d’ailleurs un des seuls pays qui considère que le chemin intérieur, le chemin spirituel est l’objectif principal de la vie et que l’évolution de l’individu doit primer. C’est pourquoi son futur système éducatif sera directement ou indirectement influencé par cette vision. Et, aujourd’hui, l’école du Libre Progrès de l’Ashram de Sri Aurobindo, ou les différentes écoles d’Auroville, sont des exemples vivants qui se répandent de plus en plus à travers l’Inde, préparant le futur de l’humanité.

© La Nouvelle Revue de l'Inde - 2017

 


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