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Editorial de La Nouvelle Revue de l'Inde n°3
Par
François Gautier

     L’industrie du tourisme est toujours à la recherche de contrées inconnues, de territoires vierges, de nouveaux espaces ouverts à la découverte, de plages qui n’ont pas encore été envahies par le club Méditerranée. C’est pourquoi les agences de voyage spécialisées dans la découverte multiplient leurs offres à destination de l’Inde.
  
    Car l’Inde, par delà les clichés, offre une diversité de visages déconcertante. Elle peut apparaître comme le pays du folklore par excellence, le paradis du touriste ou son enfer, le lieu des traditions qui perdurent ou d’une occidentalisation accélérée, surchargée de foules qui se déversent dans ses rues et ses artères, ou déserte à perte de vue en ses endroits les plus reculés : vous trouverez toujours des montagnes qui ne sont habitées que par des autochtones, des plages désertes – en Orissa par exemple – ou bien des villages où nul Occidental ne s’est encore aventuré. L’Inde est à la fois le pays des grands monuments que l’on visite, des grands espaces que l’on explore, des industries de pointe qui rivalisent avec l’Occident et des populations tribales à peine sorties de l’âge de pierre ; le pays du mysticisme et du commercialisme le plus âpre. 
      Mais ce qui est frappant, c’est que l’Inde vit sur elle-même, pour elle-même et en elle-même – et non pour le bénéfice du touriste, comme c’est le cas de nombreuses destinations touristiques d’Asie. Prenez la foire aux chameaux de Pushkar, au Rajasthan, sans doute un des événements indiens les plus vantés de par le monde. Les dizaines de milliers de touristes qui y affluent depuis vingt ans n’ont rien changé au fait que chaque novembre, les paysans du Rajasthan continuent de vendre ou échanger leurs chameaux et de prier au fameux temple Brahma, sans se préoccuper des ferengis (étrangers). Ou bien Bénarès, aujourd’hui renommée Varanasi, où chaque matin, des sadhous (moines hindous) imperturbables, continuent de faire leur pranayama, malgré les centaines de touristes japonais, bardés de caméras vidéos, qui passent en barque sur le Gange.
      Alors que la mondialisation bat son plein et intègre toujours plus l’Inde au marché des échanges planétaires, les festivals religieux continuent de drainer leurs millions d’enthousiastes, indifférents aux changements qui ébranlent le monde.
      On dit que le tourisme tue l’âme d’un pays, ce n’est pas le cas de l’Inde où les visiteurs étrangers ne représentent qu’une faible part de l’activité touristique (3,5 %) ; ce sont d’abord les Indiens qui partent à la découverte de leur pays, plus de 166 millions chaque année. Car l’Inde s’occupe d’elle-même d’abord, elle roule comme un fleuve immense aux multiples ressacs, portée par une vitalité toujours recommencée. On pourrait dire de ce pays ce qu’un poète russe jadis dit du sien : « L’Inde, on ne peut la comprendre, on ne peut que la croire. »

     Bon voyage en Inde.

© François Gautier 2010

 


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